David Banchereau

Parcours

À mon sens, être en capacité d'animer des stages, d'être thérapeute ou accompagnant ne se résume pas à un simple curriculum vitae, affichant telles ou telles formations. Sans minimiser leur importance, il peut être intéressant de connaître le parcours et les conditions qui ont poussé une personne à se pencher vers le « travail sur soi », la thérapie ou la spiritualité.

Les lignes qui suivent n’ont pas vocation à raconter une histoire exceptionnelle, mais au contraire, à mettre en lumière les moments charnières, en apparence ordinaires, où chacun pourra se reconnaître, et qui peuvent tout changer…

Le flux

La première fois que je sens ce flux, j’ai 20 ans.

J’ai passé mon BAC pour faire plaisir à mes parents et je suis en première année de BTS informatique.

En parallèle, je joue de la batterie dans un groupe et la seule chose qui me fait vibrer, c’est la musique.

 

À cette époque, la télé diffuse la série Fame et le film Flashdance fait un gros carton au cinéma.

On y voit de jeunes Américains qui vivent leur passion artistique avec plus ou moins de réussite mais en tout cas, ils réalisent leur rêve et ça me fait tellement envie.

 

Je me suis bien renseigné pour savoir s’il existait ce genre d’école en France, mais seul le cursus des instruments classiques est reconnu par la filière des conservatoires, et de toute façon, je suis trop vieux pour y intégrer une classe.

 

Lors d’un jour ordinaire, alors que je rentre de cours d’informatique pour préparer mes examens de fin d’année, j’allume la radio et j’entends un morceau qui me terrasse. Le batteur joue un truc auquel je ne comprends rien mais qui me met dans tous mes états. Je suis en colère, car je sais que j’en suis à un tournant de ma vie.

En effet, pour devenir un jour musicien professionnel, il faudrait que je travaille dur car, même si je suis plutôt doué, je n’ai aucun bagage technique ; la preuve, je n’ai pas compris ce que jouait ce musicien à la radio !

 

Je sens toutes les cellules de mon corps se révolter en un souffle qui m’apporte un courage et une certitude inébranlable : « Je veux devenir musicien professionnel, et quitte à en crever, je me donnerais les moyens d’y arriver et de vivre mon rêve ! ».

 

Le soir même, j’appelle ma mère pour lui annoncer que j’arrête mes études afin de me consacrer à la musique. Je préviens ensuite mon professeur principal pour lui faire part de cette décision. Quelle n’est pas ma surprise de ne rencontrer aucune résistance de leur part devant ma détermination. C’est la première fois que je ressens ce mélange de peurs et d’excitation, avec la certitude d’être aligné sur le véritable désir de mon cœur.

 

La transmission

Après plusieurs années de travail acharné, de galères, de joie et d’aventures, j’atteins enfin le Graal du musicien en devenant professionnel.

 

Progressivement, l’enseignement émerge dans mon parcours, d’abord comme un complément de revenu, puis, de façon plus importante lorsque je deviens père de famille.

 

De fil en aiguille, le musicien fait place à l’enseignant et une nouvelle passion est en train de naître. En effet, j’ai beau acheter toutes les méthodes de batterie qui existent sur le marché, aucune ne me satisfaisait complètement. Alors, il me vient une idée, comme une révélation : « Et si j’écrivais ma propre méthode de batterie, basée à la fois sur mon expérience et sur le retour direct de mes élèves. Je pourrais ainsi la faire évoluer en temps réel ! ».

 

Je reconnais la texture du flux qui me traverse aussi fort que la première fois, l’excitation, la tête qui dit non, le cœur qui dit oui, la peur et malgré tout l’évidence. Je ne le sais pas encore, mais cette aventure pédagogique durera 25 ans !

Je n’enseigne plus la musique aujourd’hui, mais j’ai toujours conservé cette passion pour la transmission puisque je suis devenu professeur de Tai Chi Chuan et formateur en SEI®.

 

L'effondrement

Mais reprenons le fil de l’histoire…

 

Nous sommes en 2008, j’ai 38 ans et je vois arriver la quarantaine avec effroi ; cette fameuse crise dont on parle tant est bien réelle pour moi !

 

En apparence, j’ai tout ce qu’il faut pour être heureux. Nous avons hérité d’une grande maison et d’un appartement en bord de mer avec ma compagne, nous avons deux enfants adorables, je fais un métier qui me plaît (professeur de musique), je dirige une école de musique qui marche bien et je joue dans plusieurs groupes.

 

Pourtant, en vérité, derrière la façade je suis mal, très mal, mais je ne m’en rends même pas compte tellement je n’ose pas me l’avouer.

 

Au fond de moi, je suis aigri car je ne suis pas devenu le musicien que j’espérais, et ce, malgré mes longues heures de pratique quotidienne de la batterie qui ont fini par endommager mes oreilles, mes muscles, mes bras et mon dos.

 

Même si mon planning de cours est bien rempli, je n’arrive pas à dégager un salaire digne de ce nom ; le statut de profession libérale avec toutes ses charges demanderait le double d’heures pour être viable.

 

Mon couple est à bout de souffle, il n’y a plus aucune connexion entre ma compagne et moi, nous sommes devenus deux étrangers vivants sous le même toit.

 

Je suis épuisé physiquement et psychologiquement, pourtant, au lieu de me poser pour faire le point et accueillir toute cette souffrance, je fonce droit dans le mur. Par orgueil, par ignorance et surtout pour fuir le foyer familial qui est devenu invivable, j’ouvre une deuxième école de batterie dans une autre ville que la mienne, et je rentre dans un groupe de musique supplémentaire, bref, je fuis dans le travail.

 

En quelques mois, je suis stoppé net, c’est le burn-out, mon corps et ma tête explosent littéralement. Les symptômes sont les suivants : Acouphènes, douleur fulgurante au niveau du bras gauche, allant jusqu’à la paralysie en cas de crise, inflammation généralisée (suspicion de fibromyalgie) et surtout (car c’est le plus impactant) névralgie d’Arnold. Je ne connais pas ce terme à l’époque, et mon médecin traitant non plus d’ailleurs, je ne peux que décrire des maux de tête d’une violence telle que pendant les crises, je pense à me jeter par la fenêtre tellement la douleur est insoutenable, allant parfois jusqu’à l’évanouissement.

 

Très vite, je dois réduire mon activité d’enseignant et stopper mon activité de musicien, mais je n’ai pas de parachute. Étant en profession libérale, je n’ai quasiment plus aucun revenu.

 

Aucun des spécialistes et médecins que je rencontre n’arrive à poser un diagnostic sur mes symptômes, c’est tout juste s’ils me prennent au sérieux car quand le corps médical ne comprend pas, il finit par déduire que ça n’existe pas.

On m’oriente alors vers des psys, qui ont tous la bonne idée de vouloir me gaver d’anti-dépresseur.

 

Difficile de communiquer clairement lorsque l’on n’a pas une bonne vieille maladie bien connue. Sans diagnostic précis, comment faire comprendre à mon entourage que ce qui a animé ma vie depuis toujours (la musique) n’est plus possible ?

 

Le couple, déjà fragile avant cet événement, n’est plus tenable. Au bout de deux années passées dans cet état, ma compagne et moi finissons par nous séparer.

 

En deux ans de descente aux enfers, j’aurais perdu tous mes repères ; mon métier, mon statut social, ma passion de toujours (la musique), ma compagne, ma maison, ma santé et je n’ai plus aucune ressource financière.

 

Spiritualité

C’est dans cette période que mon frère m’invite à une retraite de deux jours en compagnie d’un Maître spirituel appartenant à la tradition de l’Advaita Vedanta (une philosophie hindoue qui prône la non-dualité).

 

À cette époque, je ne connais pas grand-chose à la spiritualité, je suis plutôt attiré par ce que l’on appelle le new-âge et le développement personnel. Je rejette en bloc la religion, les curés, Dieu et tout ce qui va avec. J’ai entendu tellement d’inepties à la messe durant mon enfance (hé oui, j’ai été enfant de chœur), tellement de jugements culpabilisant que je garde une colère affichée envers l’église.

 

Malgré tout, je fais confiance à mon frère qui a déjà rencontré ce Maître l’année précédente et qui parle d’éveil spirituel.

 

J’avoue que le premier jour me déçoit un peu, je reste dubitatif car je ne comprends pas vraiment ce dont il parle et surtout j’ai mal au dos car je n’ai pas l’habitude de rester assis en tailleur toute une journée !

 

Malgré cela, le soir venu, il se passe quelque chose d’étrange. Alors que nous sommes rentrés chez mon frère, nous décidons de chanter un peu après le dîner. Il a appris des chants dans son cours de Yoga et souhaite m’en apprendre un ; le fameux « om tryambakam ».

 

Nous voilà partis à chanter. Décidément c’est le dépaysement complet car, en tant que musicien, je joue plutôt du rock d’habitude. Et là… Je me retrouve en pleine cinquième dimension !

 

Pourtant, au bout d’un certain temps, je pars dans une vision, pas une rêverie non, mais plutôt une expérience dans une autre réalité : Je suis devant une fenêtre d’où jaillit une lumière aveuglante et magnifique. Cette lumière m’attire au plus haut point, mais je sais que si je passe de l’autre côté, c'est l'union au “grand Tout” qui m'est proposée, c'est-à-dire la fin de mon expérience individuelle.

Je prends peur et, en une fraction de seconde, je reviens dans la réalité ordinaire.

 

En regardant autour de moi, je peux voir que personne ne s’est rendu compte de mon départ. Je n’ose pas en parler sur le moment, mais cette expérience me laisse une drôle d’impression.

 

Tout était si « réel ». Et puis, qu’y avait-il derrière cette fenêtre ? La mort ? L’éveil dont parle ce Maître ? J’avoue que je m’en suis longtemps voulu d’avoir eu peur et de ne pas y être allé.

Le lendemain, je suis dans une toute autre énergie, et même si je ne comprends toujours pas bien les termes utilisés, je ressens une grande ouverture et de l’énergie dans ma poitrine au contact de ce Maître, un peu comme lorsque l’on tombe amoureux.

 

Quelque chose en moi s’est réveillé. Cela me rappelle une expérience que j’avais vécue deux ans auparavant et que j’avais complètement occultée : Alors que je m’adonnais à ma sieste quotidienne, je m’étais mis à ressentir un truc au milieu de la poitrine. Un petit point de la taille d’un grain de riz mais qui brûlait d’un amour incroyable, j’avais l’impression d’avoir une bombe atomique à l’intérieur de la poitrine. Évidemment à l’époque, je ne savais pas à quoi attribuer cette expérience qui était à la fois troublante, profonde et intrigante. J’aurais bien mis ça sur le compte de mon imagination si ce phénomène ne s’était pas reproduit tous les jours à la même heure. Cela a duré plusieurs mois puis, à cause de ma surcharge de travail, j’avais dû abandonner ce petit rituel entre 13h30 et 14h00 ; pas le temps, trop de boulot, vous connaissez…

 

Peut-être que si j’avais continué cette pratique, je n’aurais pas eu besoin de toutes ces épreuves pour y retourner, allez savoir ! Quoi qu’il en soit, il est bien évident que ma relation avec ce Maître ne s’est pas arrêtée là, et que je me suis plongé sérieusement dans les enseignements transmis par les sages de l’Inde depuis des millénaires.

 

J’ai donc toujours été assidu dans ma pratique spirituelle en parallèle de mon intérêt pour les thérapies et la connaissance de Soi qui arriva juste après.

 

Surprise

Une fois séparé de ma femme, j’ai la garde de mes enfants de 7 et 13 ans une semaine sur deux. Je trouve un appartement où je peux donner quelques cours de batterie (j’ai acheté une batterie électronique pour pouvoir gérer le volume sonore) et de clavier. En effet, j’avais la charge des élèves débutants au clavier dans mon ancienne école de musique, j’ai donc un petit niveau technique mais qui reste assez limité.

 

J’ai commencé à m’intéresser à diverses approches thérapeutiques qui m’ont aidé au niveau personnel. J’ai fait plusieurs stages dans différents domaines et je ne veux plus entendre parler de la scène. J’ai envie de changer de profession, et du haut de mes quelques formations je veux devenir thérapeute.

 

C’est sans compter sur le flux qui vient me chercher une fois encore !

 

J’écoute toujours de la musique, mais pas la même qu’avant, des choses plus douces, moins de batterie, plus de guitare, de piano…

 

Un jour où j’entends une belle mélodie au piano, je fonds en larmes. Je suis touché en plein cœur, une partie de moi a toujours voulu jouer du piano, mais ne se l’est jamais vraiment autorisée !

 

C’est une surprise car je n’en avais pas conscience jusque-là, mais que faire ?

 

Pour moi, la musique, c’est de l’histoire ancienne, je ne fréquente quasiment plus mes amis musiciens, et mon mental résiste : « N’importe quoi, du piano et puis quoi encore ? Tu ne vas pas recommencer, la musique, c’est fini un point c’est tout ! Comment vas-tu apprendre, tu n’es pas doué pour un instrument mélodique, tu n’as pas d’argent et, de toute façon, pour quoi faire ? ».

Pourtant, si j’ai le courage d’écouter mon cœur, les choses sont claires : « Il est trop tôt pour être thérapeute et ce n’est pas une question de technique. Avant d’accompagner des gens, tu dois d’abord explorer tes propres zones d’ombre. Tu vas apprendre le piano tout seul, trouver une chanteuse pour monter un duo parce que tu en crèves d’envie, et remonter sur scène pour retrouver un statut d’intermittent du spectacle.C’est comme ça que tu vas gagner ta vie en attendant d’être prêt pour être thérapeute ! ».

La claque…

 

Comme à mon habitude, je choisis d’écouter mon cœur, même si ce n’est pas facile, et je commence à apprendre le piano tout seul grâce à Internet.

 

Ma santé s’améliorant progressivement grâce à la méditation, au Taichi et aux diverses thérapies énergétiques que j’entreprends, je me remets à travailler le clavier pendant de longues heures avec passion. C’est plutôt difficile, car je suis beaucoup moins doué avec un instrument mélodique qu’avec un instrument rythmique. Pourtant, je n’ai pas le choix, ma situation financière est catastrophique et je dois trouver une solution.

 

Au bout de quelques mois, j’achète un piano numérique, puis une sono, je suis d’ailleurs encore surpris aujourd’hui d’avoir pu acheter autant de matériel de musique à cette époque alors que je n’avais pas un sou en poche. La vie a toujours placé des petits miracles devant moi, juste au moment où j’en avais besoin !

 

J’auditionne alors une jeune chanteuse pour commencer à travailler en live et me familiariser à l’accompagnement.

 

Malgré mes longues années en tant que musicien professionnel, je suis fébrile comme un débutant (que je suis d’ailleurs car entre la batterie et le piano, il y a un fossé énorme). Le courant passe bien et comme elle est débutante, je suis moins impressionné, je me sens comme un grand frère qui lui fait découvrir le métier.

 

Très vite, nous décidons de monter un répertoire afin de nous produire sur des petites scènes (piano bar, soirées privées, etc.). Selon mes critères d’ancien pro, nous sommes loin d’être prêts, mais tant pis, je sens qu’il faut y aller, pas le temps d’attendre.

 

Sur les planches, je suis presque tétanisé, mes mains tremblent et je ne vois plus mes notes. En parallèle, je suis en train de faire ressortir toutes mes peurs profondes en thérapie. J’ai de moins en moins de filtre sur mes émotions et je dois les affronter devant un public chaque week-end. C’est l’enfer !

 

Je comprends à ce moment, pourquoi mon intuition m’a emmené là, loin, très loin de ma zone de confort. J’étais bien tranquille planqué derrière ma batterie pendant toutes ces années, et puis mon niveau était tel, que je pouvais toujours rattraper une erreur, les musiciens que j’accompagnais avaient l’habitude de se reposer sur moi.

 

Là, c’est tout le contraire, je suis sans filet, en lutte perpétuelle entre ma peur et ma technique balbutiante. Ma jeune chanteuse aurait besoin que je la soutienne par mon assurance de pro, mais je suis encore plus fébrile qu’elle. Alors nous travaillons, répétons, encore et encore, et progressons semaine après semaine.

Pourtant, à chaque fois qu’il faut monter sur scène, c’est le saut dans le vide. La boule au ventre me dévore à chaque représentation, la texture de la peur, je la connais par cœur et pourtant, il faut aller plus loin.

En effet, nous ne faisons pas assez de dates pour que je retrouve un statut d’intermittent du spectacle. Je dois donc trouver un orchestre de bal pour compléter le nombre de mes prestations, mais je ne suis pas prêt pour un tel poste.

 

Il me faudrait encore quelques années de travail et surtout quelques cours pour être capable de jouer un répertoire de cinq heures dans des styles aussi variés. En effet, avec le duo, c’est moi qui choisis les morceaux, et je peux me permettre d’écarter les plus difficiles.

 

Malgré tout, je prends mon courage à deux mains et réponds à une petite annonce. Un orchestre semi-professionnel recherche un pianiste/clavier avec de l’expérience. J’appelle et tombe sur la chanteuse qui me demande si j’ai de l’expérience en bal. Bien sûr, lui dis-je, omettant de préciser que cette expérience est à la batterie et non au clavier.

 

Je passe une audition plus ou moins réussie et je comprends qu’ils n’ont pas le choix, car personne d’autre ne s’est présenté. Encore un coup de pouce du destin !

 

Je me retrouve donc avec un répertoire de 90 morceaux à apprendre en deux mois et demi car la première date est pour le réveillon de la Saint-Sylvestre qui arrive à grands pas ! J’étais pourtant habitué à travailler la batterie pendant de longues heures, mais là, je bats les records.

 

Je travaille quasiment jours et nuits, week-ends compris, car il faut écouter les morceaux, les comprendre, trouver les notes, les accords, les sons, programmer le synthétiseur, travailler les enchaînements, retenir par cœur, etc. Après cette première date, plus ou moins réussie, je me retrouve régulièrement à jouer devant 500 personnes, toujours à la limite de mes compétences, sans aucune marge pour me rassurer. De toute ma carrière de musicien, c’est sans aucun doute le plus gros challenge que j’ai eu à relever !

 

Cette aventure (imprévue) de pianiste a duré 6 ans, je ne suis pas sûr que mes anciens amis musiciens aient compris ce qui m’arrivait. L’un d’eux, quelque peu déçu après m’avoir vu en duo m’a dit un jour : « Je ne te comprends pas David… J’ai quitté un batteur avec un certain goût pour la bonne musique, et là, je retrouve Richard Clayderman qui joue de la variété ! ».

Cette phrase résume bien la voie du cœur, incompréhensible par les autres et la logique du mental.

 

Pourquoi ai-je fait ce détour ? Je ne le sais pas encore vraiment, sûrement pour affronter mes peurs, faire un truc de fou que je n’avais jamais osé faire, purger un élan que j’avais réprimé dans ma jeunesse ? En tout cas une chose est sûre, durant cette période, j’ai appris l’accueil et la bienveillance avec moi, quelles que soient mes performances. L’estime de soi, contrairement à ce que l’on apprend lorsque l’on fait du développement personnel, n’a rien à voir avec la somme de ses soi-disant réussites. C’est justement dans les pires moments de doute, de médiocrité ou d’échec que l’on doit se donner cet amour inconditionnel dont on parle tant dans les milieux spirituels. C’était facile de me sentir valorisé lorsque j’étais le pilier du groupe en tant que batteur, ça l’était beaucoup moins lorsque j’avais été particulièrement instable en tant que clavier, devant 500 personnes et sous les projecteurs pendant toute une soirée. Il commence là, le véritable travail sur soi : Est-ce que je fais le choix de suivre le mental qui juge, dévalorise, accable ? Ou est-ce que je me prends dans les bras, comme je le ferais avec un enfant blessé, sans juger, mais en m’offrant cet écrin d’amour et de douceur dont on a tant besoin dans cette situation.

 

En six ans j’ai progressé bien sûr, j’ai même fini par faire l’animation, les chœurs, chanter seul avec mon piano, ce qui m’aurait semblé totalement impossible quelques années auparavant. Et puis un jour, après un concert particulièrement réussi, quelque chose est tombé. J’ai su immédiatement que l’aventure était finie, la boucle était bouclée. J’avais fait ce que j’avais à faire, il était temps de passer à autre chose.

 

Explorations

Durant ces six années, lorsque je n’étais pas occupé par mon métier de musicien et mes enfants, je me suis lancé dans une exploration intérieure intense et sans concession. J’ai pu découvrir beaucoup d’approches conventionnelles ou alternatives telles que la psychothérapie, la CNV (Communication Non Violente), les M.A.I (Multiples Aspects Intérieurs), la sophrologie, la sophro-analyse, la géobiologie, les soins quantiques, le magnétisme, le Reiki, le Chi Nei Tsang, le Chamanisme, le Rebirth, Le Focussing, la biodanza, etc.

 

J’ai eu besoin de tout mon discernement pour faire le tri dans mes élans et la profusion des propositions qui s’offraient à moi. Je me suis progressivement rendu compte que le chaos de ma vie extérieure n’était que le reflet de mon état intérieur. Il était temps de faire face à ce qui se vivait en moi et d’arrêter de fuir ou de lutter.

 

J’ai découvert que toutes ces blessures et frustrations que j’imputais à ma vie d’adulte étaient en résonance avec ce que j’avais gardé en moi depuis l’enfance. Il s’est progressivement révélé que cette masse émotionnelle vivait dans mon corps et pas uniquement dans ma tête comme on le croit encore dans nos sociétés occidentales.

 

Étant de plus en plus ouvert et de moins en moins dans le contrôle, j’ai commencé à vivre des expériences énergétiques et spirituelles plus incroyables les unes que les autres, défiant toutes mes certitudes et mes limitations. J’ai alors commencé à me former à diverses techniques énergétiques et thérapeutiques qui avaient fonctionné sur moi, laissant de côté celles qui ne me satisfaisaient pas.

 

Ayant découvert le travail d’Arnaud Desjardins, j’ai été inspiré pour créer des ponts entre la thérapie et la spiritualité.

 

La voie du couple

Pendant cette période d’introspection de six années, je préfère rester célibataire.

 

Bien sûr je souffre parfois de la solitude, bien que je fasse quelques rencontres ici et là, mais je sais qu’il est encore trop tôt pour recommencer une histoire sérieuse et surtout profonde.

 

Pourtant, à un moment, je ressens de nouveau l’élan de partager avec une compagne, avec toutefois cette certitude de ne plus pouvoir fonctionner comme avant.

 

En effet, mes priorités (bien que je continue de m’occuper de mes enfants une semaine sur deux), ont totalement changées. Toutes ces passions qui occupaient mon esprit ont fait place à La passion ; celle de retrouver ma véritable nature.

C’est uniquement dans cette optique que je mets la vie au défi de me présenter quelqu’un qui soit sur la même vibration, la même intention.

 

Mon aspiration à vivre un mariage de vérité rebute quelques compagnes potentielles, qui me trouvent un peu trop exigeant. Pourtant, le hasard me permet de renouer contact avec une ancienne connaissance. En effet, je connais Peggy depuis plusieurs années car nous nous sommes rencontrés lors d’un stage dans la forêt de Brocéliande. À l’époque, nous avions ressenti de l’attirance l’un pour l’autre, mais je vivais dans le Maine-et-Loire et elle habitait Amiens, alors nous n’avions pas donné suite à notre attirance mutuelle. Et puis il faut dire que nous étions un peu dispersés tous les deux.

 

Les années ont passé (nous nous étions perdus de vue), mais nous recommençons à échanger via les réseaux sociaux. Nous avons tous les deux évolué de notre côté, et nos discussions sont riches et passionnantes ; nous nous découvrons tellement de points communs. Elle est devenue thérapeute et professeur de Qi Gong, je suis professeur de Taichi et je me forme pour devenir thérapeute, nous n’avons qu’une envie, c’est d’unir nos talents dans un projet commun et nos cœurs sous un même toit.

 

Pourtant un obstacle s’impose à nous : 500 kilomètres séparent nos deux villes !

 

Qu’importe, après des tonnes de tchats échangés, des heures de conversations téléphoniques et plus d’un an d’une relation à distance, nous décidons de former une nouvelle famille (recomposée) avec nos trois enfants. N’écoutant que notre cœur, nous décidons de tout quitter pour partir vivre en Bretagne, à quelques kilomètres de l’endroit où nous nous étions rencontrés.

 

Si l’on m’avait interrogé juste avant notre union sur mon état intérieur, j’aurais certainement répondu que le plus gros du travail était fait. C’est vrai, beaucoup de croyances étaient tombées, beaucoup de blessures émotionnelles dépassées, mais l’égo était encore là, bien présent, plus sournois certes, mais tout aussi virulent.

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que les premiers mois de notre installation familiale ont été chahutés. Peggy sort de douze années de vie en célibataire avec sa fille unique (adolescente), et moi, de six avec mes deux garçons adolescents également, et nous avons tous les deux une vie professionnelle à reconstruire. Impossible alors de nous auto-illusionner dans nos costumes de thérapeutes respectifs. Nous avons dû mettre les mains dans le cambouis et utiliser tous nos outils et notre bonne volonté pour harmoniser nos égos et construire une famille, recomposée certes, mais unie, autour de la vérité, de l’écoute et de l’amour. Aujourd’hui je mesure le chemin parcouru, nos enfants ont grandi et un petit dernier est venu agrandir le clan.

 

La vie spirituelle ne se fait pas hors-sol, déconnectée des aléas de la vie. C’est au contraire au cœur de la vie ordinaire que le personnage et l’égo qui va avec, peuvent s’éroder progressivement. Encore faut-il être clair dès le départ avec notre désir profond, et le projet qui sous-tend une union.

 

Sophro-énergétique intégrative®

Mon activité de thérapeute débute par le Chi Nei Tsang (technique chinoise de massage du ventre) car j’ai alors la certitude que nos blessures émotionnelles se situent dans le corps physique, surtout au niveau du ventre.

 

Progressivement, j’y inclus des entretiens où j’explique à mes consultants comment procéder dans leur vie de tous les jours avec leurs émotions. C’est naturel pour moi car je pratique moi-même de manière intensive ce que j’appelle aujourd’hui les libérations émotionnelles.

 

Je sors assez vite du protocole classique du soin Chi Nei Tsang pour laisser la place à mon ressenti mais j’ai encore du mal à y inclure une partie de soin énergétique pure.

 

Un jour, juste avant une séance, j’ai l’intuition de commencer par un temps pour rien. Je me place donc derrière la tête de ma consultante qui est allongée et j’accepte de ne rien faire en attendant qu’il se passe quelque chose. C’est alors que je rentre dans une transe légère et ressens une aspiration dans mon corps, comme si les énergies polluées sortaient de son corps tout en passant par le mien. J’avais déjà vécu beaucoup d’expériences de ce genre lors de mes explorations personnelles mais je ne savais pas que cela pouvait agir sur les autres, comme ça, spontanément.

Après le soin, la personne (qui semble un peu sonnée) se lève, remet ses lunettes, les enlève, les remets, les enlève à nouveau en poussant des petits : « Non ! Incroyable ! Pas possible ! C’est dingue ! », tout en regardant autour d’elle. Interloqué, je lui demande ce qu’il se passe ! Elle me répond alors qu’elle ne voit plus la même chose, comme si les couleurs étaient plus vives, plus nettes, comme si un voile était tombé. J’ai bien sûr été heureux de m’être fait confiance et j’ai évidemment continué sur cette voie, tout en essayant de comprendre ce qu’il se passait.

Après quelques années à pratiquer ce soin énergétique que j’ai appelé libération des mémoires cellulaires, j’en viens au constat suivant : Cette approche est efficace, cela ne fait aucun doute, mais j’ai largement sous-estimé la quantité de masse émotionnelle que chacun porte en lui. Après tout, j’ai moi-même mis six années pour me libérer de la plus grosse partie, et mon corps rejette encore régulièrement des miasmes émotionnels !

 

En plus des séances de soin, je dois trouver le moyen de rendre mes consultants autonomes dans ce processus de libération. Cela ne peut pas se faire en une seule séance, j’ai besoin d’installer un accompagnement avec eux.

 

J’ai donc l’intuition de suivre une formation de sophrologue, pour apprendre à construire des protocoles de plusieurs séances personnalisés ainsi que des exercices corporels et des visualisations.

 

Petit à petit, je commence à proposer un suivi à mes consultants et, très vite, je m’aperçois que je suis sur la bonne voie ; celle qui amène progressivement mes consultants à leurs propres prises de conscience grâce à la synergie de plusieurs approches complémentaires.

 

Toutefois, je sens qu’il manque encore une corde à mon arc. En effet, j’avais jusque-là mis de côté toute la partie psychologique, pensant que cela ne servait à rien. Il faut dire que je gardais une mauvaise impression des psys en général, et de leur arsenal d’anti dépresseur. Pourtant les blessures du passé, même si elles sont inscrites dans la mémoire cellulaire, sont aussi stockés dans l’inconscient. Je me mets donc en quête d’une approche psychologique qui peut s’emboîter avec mes pratiques énergétiques et corporelles.

C’est ainsi que je découvre le travail de Thierry Tournebise et sa façon de communiquer avec nos êtres intérieurs au travers de la maïeusthésie. C’est une révélation et j’intègre immédiatement cette approche à mon travail.

C’est ainsi que jours après jours, séances après séances, la sophro-énergétique intégrative® était en train de naître.

 

Formations

Après plusieurs années de pratique, mon passé d'enseignant à forcément refait surface et l'envie de transmettre est venue comme une évidence (le flux, toujours le flux) !

Il faut dire que certaines des personnes que j'avais accompagnées, étaient devenues elles-mêmes thérapeutes et venaient me voir de temps en temps pour des supervisions.

L'idée de structurer mon approche pour pouvoir la transmettre me mit en joie, j'y retrouvais le même élan qui m'avait "poussé" à écrire mes propres méthodes de batterie.

Quitte à devenir formateur, autant le faire dans les règles et délivrer une formation certifiante.
J'ai donc fait les démarches nécessaires et obtenu un numéro de formateur : NDA 53351112035.